Rencontre

Aimer c’est refuser la froideur du monde

Alexandre Jardin nous invite à oser parler d’amour partout où nous le pouvons. Parce que l’amour, c’est vivant et c’est subversif, moteur essentiel d’une révolution politique et sociale contre la culture du « mépris ».

Par Anne Gillet
Alexandre Jardin
« Au fond, je n’ai jamais aimé les adaptés, ceux qui s’acclimatent à une réalité carencée. J’ai toujours raffolé des furieux qui ont le courage de rêver les yeux ouverts et de rebattre les cartes avec fierté »
— Les Coloriés, Alexandre Jardin, 2005

Le nouveau livre d’Alexandre Jardin « La femme qui inventa l’amour », n’est pas un simple roman. C’est à la fois un mythe et un pamphlet. Une réponse au désenchantement. L’amour, comme acte de résistance. Sortir de la société de la peur et développer l’amour comme une culture. Alexandre Jardin parle du haut de son cœur, de ses passions et de ses convictions, avec toute la tendresse, la sincérité et l’engagement qu’on lui connaît. C’est la force de l’amour qui l’a toujours porté. Mais aujourd’hui, il en est persuadé, l’Amour est la seule chose qui nous fait vraiment exister.

Un livre, écrit à la façon d’un conte, qui fait pétiller les yeux et qui redonne de la fougue à notre cœur. Un livre dont on sort bouleversé et ré-énergisé. Un livre qui donne l’envie d’aimer, cela va sans dire. « Aimer pour changer et devenir libre. En refusant toute modération ». Alexandre Jardin nous invite à oser parler d’amour partout où nous le pouvons, il n’y a pas d’endroit incongru ! Parce que l’amour c’est vivant et c’est subversif. La puissance de l'amour et le réveil personnel constituent, selon lui, les moteurs essentiels d'une révolution politique et sociale contre la culture du « mépris », celle qui sévit aujourd’hui.

« Pourquoi devient-on extraordinaire quand on aime ? Parce que l’Amour absolu, cet enthousiasme poétique qui dissout nos limites, fut découvert dans l’Antiquité chinoise par une femme. Dans un monde sans amour, encore endormi, mais au bord de cette découverte, cette princesse du 8 ème siècle avant J.C., eut le génie d’éprouver des émotions inconnues, non calibrées et de les nommer. Au milieu des Himalayas, la première, Xi, affirma que vivre sans risquer son cœur absolument , sans éprouver cette sorte d’amour qui fait de nous un pur changement, c’est être mort déjà. »

L’amour est une force révolutionnaire qui peut changer le monde. Il est contagieux, il éveille les cœurs et il inspire les révoltes contre l’ordre établi. La Princesse Xi va se « réveiller », elle va redevenir vivante lorsqu’elle rencontre Cheng, rebelle et rieur, un homme qui aime défier l’ordre établi par l’autorité du roi et de sa cour ; sa joie est acte de résistance. Ensemble ils osent devenir ce qu’ils avaient pressenti depuis toujours dans leurs différences. Pour avoir accès au véritable amour, il faut (re)devenir conscient et retrouver sa lucidité. Et alors, on ose dire la vérité, on parle vrai, on redevient soi-même, avec sa spontanéité, son enfant intérieur. L’amour fou, c’est l’intelligence du cœur en grande liberté. Tout ce qui vit est fait pour respirer avec audace. Et l’amour, est un véritable outil de révolution. Il peut changer la cité, les mentalités, notre avenir. Mais alors, comment parvenir à le réimplémenter dans notre culture ? Nous avons cherché à le comprendre en rencontrant Alexandre Jardin.

Vous, Alexandre Jardin et nous, ZEBRE magazine, avons un point commun. Et nous en sommes assez fiers ! En 1988, vous avez publié votre second roman, «Le Zèbre », alors que vous aviez 23 ans, et vous avez reçu le prix Femina pour ce livre. Nous sommes nés après vous, certes, mais probablement avons-nous été sensibles à des valeurs similaires, en choisissant cet animal robuste ! Qu'est-ce qui vous avait attiré dans le zèbre à ce moment-là ?

« Le Zèbre », C'est quelqu'un qui pense autrement. C’est l'histoire de Gaspard Sauvage, un notaire plein de fantaisie qui utilise des méthodes rocambolesques pour réenchanter son mariage après quinze ans de vie commune. Il est « le Zèbre » parce qu’il pense et ressent tout plus intensément que les autres, il refuse la routine, la banalité et les compromis qui, selon lui, étouffent l’amour. Ce qui me touchait terriblement dans ce personnage, c'est qu'il n'acceptait pas ce que tout le monde accepte, il n'acceptait pas l'usure des sentiments et il se rebellait et il faisait en sorte que l'amour redémarre et que l'éblouissement des débuts réapparaisse. En fait, il faisait ce que personne ne fait.

Votre congruence avec le zèbre ne s’arrête pas là, puisqu’en 2015, vous avez lancé votre association « Bleu, Blanc, Zebre ».
A la base, Bleu Blanc Zèbre a été fondée sur l'idée de redonner un pouvoir concret aux citoyens, surtout à l’échelle locale, en repérant des gens qui savent réparer les fractures de la société : des entrepreneurs, des particuliers, des maires, des associations, je me fichais de leur statut. Ce qui m'intéressait c'était de voir s'ils étaient capables de réussir là où les pouvoirs publics échouent et d'arriver à recenser des gens sur qui la nation pouvait investir parce qu’ils avaient déjà montré et obtenu des résultats. Et je ne suis jamais parvenu à faire cet accord structurel entre la société et l'État, parce que Les systèmes bureaucratiques privilégient le contrôle et leurs propres dispositifs de pouvoir plutôt que la valorisation des initiatives issues de la société. On est dans la culture du mépris.

Bleu Blanc Zèbre a évolué, en 2025, pour devenir « Les #Gueux » - une initiative née sur les réseaux sociaux qui est en train de devenir un grand mouvement populaire face à la « civilisation du mépris »…La culture du mépris est particulièrement forte à Paris. On pense en gros que tout ce qui est en-dehors du périphérique pense peu, mal ou pas comme il faut, c'est terrible cette culture. Je me suis aperçu, alors que je revenais d’Asie, que la France était gentiment en train de virer des grandes villes un peu plus de 20 millions de Français, en mettant en place ce qu'on a appelé les ZFE, les zones à faible émission (l’interdiction de l’accès au centre-ville pour certains véhicules). Car ce qui semble être une mesure de politique verte est, dans les faits, une politique de ségrégation sociale et de rupture d'égalité puisque ça consiste en gros à « épurer » les riches en virant de la ville les pauvres et les classes moyennes.
Au début, cela m'a semblé tellement violent sur le plan social que j'ai eu du mal à croire que c'était vrai. Et quand j'ai compris que c'était vrai, j'ai fait un post sur X qui dénonçait l’exclusion des véhicules anciens et les difficultés que cela poserait pour de nombreux automobilistes, un post qui se terminait par une phrase un peu provocatrice : " À partir de demain, 2,2 M de gueux ne pourront utiliser leur véhicule là où ils vivent. Pas si grave, c’est des gueux ». Et le lendemain, 540.000 personnes avaient vu ce post. Et le mot « gueux » est devenu un hashtag très puissant. Il y a bien sûr une ironie derrière l'usage de ces mots qui captent ce sentiment de mépris qui est épouvantable : « Ils s'adapteront, ils ont rien à dire de toute façon. »

Vous avez eu une première victoire assez étonnante…

J’ai embarqué ce mouvement jusqu'à ce qu'il fédère énormément de gens et on est arrivés à convaincre 78 %1 des Français qu'il fallait suspendre cette loi. Quand vous embarquez 8 Français sur 10, votre temps politique devient considérable et vous trouvez très bizarrement une majorité à l'assemblée alors qu'il n’y en avait pas. Il faut savoir qu’au moment du vote, les gens qui veulent vous soutenir votent et ceux qui sont contre, ils vont faire pipi ou ils vont à la buvette. Ils ne disent pas à leur parti qu’ ils vont se défiler mais dans les faits ils ont peur de laisser leur nom sur une loi effrayante. Ce sont des lâches. C’est qu'on a appelé « la stratégie du pipi » !... En général la culture du mépris, elle s’accompagne de beaucoup de lâcheté.

"En général la culture du mépris, elle s’accompagne de beaucoup de lâcheté. 
Vous ne pouvez pas faire fonctionner un pays indéfiniment avec de la suffisance et du mépris"


On a eu une première grande victoire, puisqu’au Parlement, des députés ont voté un amendement pour supprimer l’obligation légale de créer des ZFE dans les villes. Le 20 janvier 2026, la commission mixte paritaire a validé la suppression dans le cadre du projet de loi de simplification de la vie économique . Le système hallucinait parce c’était impensable que « les gueux » puissent arriver à faire voter comme ça une loi à l'assemblée. Ce n’était juste pas possible. Mais le gouvernement a repoussé le vote définitif sine die (= sans fixer de date), leur stratégie est toujours de regagner du temps.

On l'a encore vu avec les agriculteurs récemment. Toute la population a soutenu les agriculteurs. Et pourtant Mercosur est implémenté - même avant le terme - au mépris des agriculteurs et de la population.

"L’amour est une force révolutionnaire qui peut changer le monde. Il est contagieux, il éveille les cœurs et il inspire les révoltes contre l’ordre établi"

Tous les résultats que nous allons obtenir dépendent aussi de notre pugnacité devant les institutions, la Cour de justice de l'Union, etc. Le mouvement des gueux n'accepte pas la destruction de nos agricultures, parce que c'est de la folie au sens pur du terme, de jouer avec notre sécurité alimentaire sur le continent : 76 % des Français ne veulent pas de l'accord du Mercosur.
J’ai eu une altercation récemment avec un patron de presse qui disait "Tu fais fausse route, l'agriculture, ça ne représente que 5 % de de la valeur des échanges dans cet accord ». Et je lui ai répondu : « Tu as oublié un détail, c'est que tu manges trois fois par jour. Si tu n'as pas à manger, bizarrement, ces 5 % vont avoir beaucoup de valeur pour toi ». Le calcul monétaire ne recouvre pas la valeur réelle.

Je parlais avec une éleveuse française qui me disait que quand on a récemment abattu les troupeaux de vaches soi-disant suite à la dermatose nodulaire contagieuse, il y avait vraiment une volonté de tuer le vivant. [PF1.1]C’est d’autant plus inquiétant puisque, et c’est ce que vous dites aussi dans votre nouveau roman, le vivant c'est l'amour précisément.

Oui, c’est ça qui est le pire.

Pourtant je continue à espérer. En ce moment, j’ai confiance. Psychologiquement, la première victoire pour faire tomber les ZFE a eu un vrai impact. Tout à coup, ça a été une onde choc très profonde dans la société française. Ça veut dire qu'on n'est pas obligé de subir. Ça veut dire que si on se bat - et on va se battre en 2026 - on va faire tout basculer. Je ne vous dis pas encore comment parce qu'on est en train de finaliser des outils numériques infalsifiables (sur blockchain), mais on va faire basculer la France dans la culture référendaire pour rendre la parole au peuple, sans demander l'autorisation à qui que ce soit, et certainement pas à un régime qui se permet d’engager des centaines de milliards sans qu’il y ait le moindre vote du Parlement [PF2.1]! Nous préparons un réveil démocratique digne de la France. Mais nous sommes portés par l’amour et par la joie. C’est notre force.
Est-ce qu'on accepte d'être dépossédé de sa vie ou pas ? C’est la vraie question.
Et puis, est-ce qu'on accepte de perdre à la fois l'amour de soi, l'amour de son pays et l'amour de sa culture ?

"Je pense vraiment que l'année du grand virage, l'année du réveil très profond des gens, c'est cette année, c'est 2026, c'est maintenant."

Pensez-vous qu’on soit au milieu d’une rupture, pas seulement d'une transition ?

Oui. Et on va gagner. Les vivants vont gagner.
Je pense que plus les systèmes hors sol, déconnectés, deviennent autoritaires, plus le peuple se renforce. Vous ne pouvez pas faire fonctionner un pays indéfiniment avec de la suffisance et du mépris.

Le problème c'est qu'on a des décisionnaires qui n’ont pas été élus et qui ont tout à dire, avec des gens qui ont des gros salaires et qui protègent leur position…

Donc ils sont très fragiles. Et ce qu'on va lancer là avec nos campagnes référendaires ça va être très puissant. Ce que j'ai appris dans le combat contre les ZFE, c'est qu’il existe un point de rupture : quand on embarque 80 % d'un pays et qu’on peut le mesurer.

Je suis c'est très optimiste. Je pense vraiment que l'année du grand virage, l'année du réveil très profond des gens, c'est cette année, c'est 2026, c'est maintenant.

Mais vous avez quand même un gros avantage, si je puis me permettre, c'est que vous vivez un grand amour dans votre vie personnelle et l'amour, vous l’avez écrit et dit, ça donne des forces et ça aide à passer à la révolution !...

Personnellement, je me suis réveillé complètement, grâce à un amour.
C’est comme ça que j'ai véritablement compris la nature très profonde de ce qu'on appelle l'amour comme force de changement. Il y a une femme capitale qui a surgi et qui était d'une autre dimension. Si on refait des sociétés construites sur cette valeur centrale, l’amour, c'est une valeur de réveil. En fait, c'est la plus grande force de changement politique et personnel. Quand une femme ou un homme a cette forme d'éveil, c'est la société de la peur qui s'effondre.
On n’a plus peur d'aller défoncer les ZFE, alors que ça semblait plié. On n’a plus peur d'engager une révolution démocratique construite par la démocratie directe. On n'a plus peur. Et comme c'est une vraie bascule culturelle, pour moi, c'était fondamental de sortir un roman parce que c'est un des grands lieux de la prise de conscience. Un roman est fait pour réveiller le lecteur. Les romans, les films, la musique, la culture, … : ce sont des outils d’éveil. Quand vous êtes totalement amoureux, c'est que vous êtes entièrement réveillé. Le cœur ouvert, ça dissout les limites. C’est impressionnant ce que ça fabrique à l'intérieur de nous. Et c'est surtout très joyeux et la joie aussi, c'est une force, en fait. Tout à coup, la sexualité devient une énergie colossale. Vous vous apercevez qu’en face des êtres profondément réveillés, ce que vous trouvez, ce sont des êtres très faibles.
Toute la société en ce moment est construite par la culture de la peur. On a peur de perdre son statut, peur de pas être reconnu, d'être exclu. Notre vie politique est largement dominée par des pulsions de peur. Il nous faut utiliser la puissance de désobéissance, comme par exemple, face à l'actualité qui nous est proposée. On cherche à nous faire avaler une vision du monde qui est absolument construite sur la culture du drame, du mépris.

Dans la femme qui inventa l’amour, le peuple est inspiré par Xi et Chang. Et c'est d’eux que va partir la contagion de l'amour fou.

Je pense que fondamentalement on a gagné dans le combat contre les ZFE, parce qu'on a été une force d'amour. On a vraiment fait ça pour les gens, c’était notre vraie intention. On s’est battus pour la dignité des gens. Nos motivations, nos intentions étaient d'amour, face à une coalition du vrai mépris.

Donc vous pensez en termes quantiques en quelque sorte, c'est l'intention profonde et authentique qui va créer la réalité…

Oui, bien sûr, mais avec beaucoup de combats. C’est une force qui ne peut pas perdre. C'est une force de résistance qui ne peut que gagner. Parce que la vie gagne tout le temps, c'est son métier.

Alors, vous qui êtes positif, enthousiaste, amoureux, vainqueur … quel message donnez-vous à nos lecteurs,?

Regardez bien votre femme ou votre mari. C'est là qu'est le sacré, c'est là qu'est la vie. C'est là qu'est la force. Le vrai amour donne envie de changer le monde.

Dans votre roman, on assiste à un moment donné, une révolte du silence, une épidémie du silence : « Le choc du silence peut mener à l'éveil ». Pouvez-vous expliquer ?

Le silence est le plus grand des cris. Et ce silence symbolise l'absolue non coopération. Parce qu'à partir du moment où le peuple ne répond plus aux injonctions des représentants de l'empereur, c'est un acte radical de non coopération. Et je pense qu'en fait c'est la seule stratégie possible. Il ne faut pas entrer en relation avec la perversion. Mais elle est cachée, elle est dans beaucoup d'endroits la perversion. Pour être plus concret, si j'étais chef de l'État, je n'irais pas au G7, parce que ça ne sert à rien en fait. Ne jouez pas au poker avec des tricheurs.

Comment nous les populations, pouvons-nous entrer dans cette stratégie du silence à votre avis ?

C'est de ne jamais coopérer ni avec le mépris, ni avec les gens qui vous font peur. Ça veut dire qu'il ne faut même pas leur répondre. Et il ne faut même pas essayer d'avoir raison. Ce qui est naturel, c'est de coopérer avec des gens de bonne foi, pas avec des gens qui sont dévorés par l'hubris, dévorés par le mépris de l'autre.
Je ne dis pas que c'est facile de faire une révolution, mais si vous le faites par amour, ça se fait.

Votre livre redonne envie de croire en l’impossible et voir la lumière quand tout est ombre. Le rêve de la princesse Xi fonctionne et il est contagieux. Comme dans ce film de Marcel Carné « Les Visiteurs du soir », l’amour improbable va gagner ! J’espère que c’est ce qui va se passer dans notre civilisation !

J’ai confiance. On va créer notre réalité. Grâce à notre révolution d’amour ! En supprimant la peur et avec le courage d’être soi : c’est la plus forte rébellion.

Pour vous informer sur le référendum : Les #Gueux — lesgueux.fr

"On va faire basculer la France dans la culture référendaire pour rendre la parole au peuple, sans demander l'autorisation à qui que ce soit"

Pascale Frennet

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